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Mort d'El Mencho : ce que change la chute du chef du CJNG pour le narcotrafic mondial

Mort d'El Mencho : ce que change la chute du chef du CJNG pour le narcotrafic mondial

La mort d'El Mencho,, confirmée en février 2025, a décapité le cartel le plus violent du Mexique. Nemesio Oseguera Cervantes dirigeait le CJNG depuis plus d'une décennie, contrôlant près de 40 % du fentanyl qui inonde l'Amérique du Nord. Sa disparition relance une question que trente ans de guerre antidrogue n'ont pas tranchée : éliminer un chef de cartel affaiblit-il réellement le trafic, ou ne fait-il qu'accélérer la fragmentation et la violence ? Trois scénarios de succession, l'impact sur les routes européennes et les limites de la stratégie de décapitation, décryptés ici./p>

22 février 2026 à Tapalpa : comment l'armée mexicaine a neutralisé El Mencho

Samedi 22 février 2026, 5 h 47 heure locale. Trois convois blindés de la SEDENA (armée mexicaine) encerclent un ranch isolé dans la sierra de Tapalpa, à 130 km au sud-ouest de Guadalajara. L'assaut dure 42 minutes. À l'intérieur, Nemesio Oseguera Cervantes, alias "El Mencho", chef du cartel Jalisco Nueva Generación, est blessé par balle à l'abdomen et à l'épaule gauche. Douze de ses gardes du corps sont neutralisés, quatre autres capturés vivants.

La localisation du fugitif le plus recherché du Mexique reposait sur des mois de collaboration entre la DEA et les services de renseignement mexicains. Des interceptions de communications satellitaires, couplées à une surveillance par drones MQ-9 Reaper opérés depuis la base américaine de Fort Huachuca (Arizona), avaient permis de circonscrire sa zone de repli à un périmètre de 12 km² dès la mi-janvier. Un informateur local aurait confirmé sa présence 48 heures avant l'opération.

La mort d'El Mencho n'a pas eu lieu pendant l'assaut lui-même. Grièvement blessé, il est chargé à bord d'un hélicoptère Black Hawk pour un transfert vers l'hôpital militaire de Mexico. Son décès est constaté en vol à 7 h 15, selon le communiqué officiel de la présidence mexicaine publié à 9 h 30. La cause retenue : hémorragie interne consécutive aux blessures balistiques.

La réaction politique a été immédiate. La présidente Claudia Sheinbaum a qualifié l'opération de "victoire historique contre le crime organisé" lors d'une conférence de presse à 11 h. Washington a salué "un partenariat bilatéral exemplaire" par la voix du secrétaire d'État. La récompense de 10 millions de dollars offerte par le Département d'État depuis 2018 pour la capture du chef du CJNG sera redistribuée aux sources ayant contribué à sa localisation.

De vendeur d'avocats à ennemi public n°1 : la trajectoire de Nemesio Oseguera Cervantes

10 millions de dollars.. C'est la prime que la DEA avait placée sur la tête de Nemesio Oseguera Cervantes, faisant de lui le narcotrafiquant le plus recherché au monde, devant El Chapo lui-même. La mort d'El Mencho clôt un parcours de trois décennies, depuis les champs d'avocatiers du Michoacán jusqu'au sommet du crime organisé transnational./p>

Né en 1966 dans une famille rurale de l'Aguililla, il migre aux États-Unis dans les années 1980, où il est arrêté pour trafic d'héroïne en Californie. Expulsé vers le Mexique en 1992, il intègre les rangs du cartel de Sinaloa avant de prendre son indépendance. En 2010, il fonde le Cartel Jalisco Nueva Generación sur les décombres de l'organisation des Milenio. La suite est une expansion fulgurante, méthodique, sans précédent.

Sous sa direction, le CJNG a pris le contrôle des ports stratégiques de Manzanillo et Lázaro Cárdenas, portes d'entrée du fentanyl précurseur en provenance de Chine. Le cartel s'est implanté dans 23 des 32 États mexicains et a étendu ses opérations à 35 pays, de l'Australie à l'Europe occidentale. Les revenus estimés atteignent 50 milliards de dollars, un chiffre qui dépasse le PIB de plusieurs nations centraméricaines./p>

Les agences américaines considéraient El Mencho comme plus dangereux qu'El Chapo pour une raison précise : là où Guzmán cultivait sa légende, Oseguera Cervantes restait invisible. Aucune interview, aucune évasion spectaculaire. Le décès de Nemesio Oseguera Cervantes prive le CJNG d'un stratège qui a su transformer un cartel régional en multinationale criminelle opérant sur cinq continents.

250 barrages routiers en 48 heures : la vague de chaos qui paralyse le Mexique

250 barrages routiers érigés en moins de 48 heures sur les axes majeurs du pays. C'est la réponse immédiate du CJNG à la mort d'El Mencho, une démonstration de force coordonnée à travers 20 États mexicains simultanément. Véhicules incendiés en travers des autoroutes, poids lourds détournés, pneus enflammés : le cartel de Jalisco Nueva Generación a déployé son arsenal de terreur logistique pour signifier aux autorités que l'organisation reste opérationnelle, même décapitée.

Exemple de Mort d'

Puerto Vallarta, station balnéaire prisée des touristes nord-américains et européens, s'est retrouvée coupée du reste du Jalisco. Des milliers de voyageurs bloqués dans leurs hôtels, des vols annulés, une économie touristique locale paralysée en pleine haute saison. Plusieurs consulats, dont celui de France, ont émis des alertes appelant leurs ressortissants à éviter tout déplacement terrestre dans les zones touchées.

Ce schéma de représailles n'est pas inédit. L'arrestation d'Ovidio Guzmán en janvier 2023 avait provoqué des scènes similaires à Culiacán. Le "Culiacanazo" de 2019 avait contraint l'armée mexicaine à relâcher un fils d'El Chapo sous la pression des narcos. Chaque épisode marque une escalade. Les barrages post-mort de Nemesio Oseguera Cervantes surpassent les précédents par leur étendue géographique et leur coordination, preuve que le CJNG avait anticipé un tel scénario.

Pour les civils mexicains, le bilan se compte en journées de travail perdues, en commerces fermés, en trajets d'urgence impossibles. La mort d'El Mencho a transformé des routes ordinaires en zones de guerre, rappelant que la chute d'un chef narco ne signifie pas la fin des violences, mais souvent leur multiplication temporaire.

Qui prend la tête du CJNG ? Les 3 scénarios de succession et leurs risques

Trois jours après la mort d'El Mencho, aucun communiqué interne n'a filtré du CJNG. Ce silence rappelle celui qui a suivi l'élimination d'Arturo Beltrán Leyva en décembre 2009. À l'époque, son organisation s'était fracturée en quatre factions rivales en moins de six mois, provoquant une flambée d'homicides dans le Guerrero et le Morelos.

Juan Carlos González Valencia, alias El 03, reste le successeur le plus probable. Beau-frère de Nemesio Oseguera Cervantes, il contrôle déjà les corridors logistiques du Colima et dispose de liens directs avec les producteurs de fentanyl du Sinaloa. Son atout : la légitimité familiale. Sa faiblesse : un mandat d'arrêt américain qui limite ses déplacements et l'expose à une extradition rapide.

Le deuxième scénario, celui de la fragmentation, inquiète davantage les analystes du département de la Justice américain. Le CJNG opère dans 35 des 50 États mexicains selon la DEA. Sans la figure centralisatrice du chef du cartel Jalisco Nueva Generación, les lieutenants régionaux pourraient revendiquer leur autonomie, créant une mosaïque de micro-cartels ultra-violents en compétition pour les mêmes routes.

Reste l'hypothèse d'une absorption partielle par le cartel de Sinaloa, qui chercherait à récupérer les laboratoires de fentanyl du Jalisco. Ce scénario suppose une offensive militaire que Los Chapitos n'ont pas les moyens de mener seuls.

Un facteur souvent sous-estimé : le rôle de Rosalinda Oseguera, surnommée La Patrona. Elle supervise les structures financières familiales, le blanchiment immobilier et les réseaux de prête-noms. La mort d'El Mencho ne démantèle pas cette architecture financière. Pour ceux qui suivent notre veille géopolitique et reçoivent nos analyses par email, la transition du CJNG sera le marqueur décisif des prochains mois dans la guerre des cartels.

Fentanyl vers l'Europe : pourquoi la mort d'El Mencho concerne aussi la France

47 tonnes de cocaïne saisies au port d'Anvers en 2023, un record absolu. Une part croissante de ces flux transitait par des réseaux liés au CJNG, le cartel bâti par Nemesio Oseguera Cervantes. La mort d'El Mencho ne referme pas ces routes : elle risque de les rendre plus imprévisibles.

Depuis 2022, le cartel Jalisco Nueva Generación a renforcé un axe logistique passant par l'Afrique de l'Ouest (Ghana, Guinée-Bissau, Sénégal) avant d'atteindre les ports européens de Rotterdam et Anvers. Ce corridor, moins surveillé que les liaisons directes Amérique latine/Europe, a permis au CJNG d'écouler cocaïne et précurseurs chimiques du fentanyl vers le marché européen. Les saisies récentes le confirment : fentanyl mexicain intercepté en Espagne fin 2024, lots identifiés en Belgique et dans le nord de la France au premier semestre 2025.

La fragmentation du CJNG après la mort d'El Mencho complique la donne pour les autorités. Un cartel centralisé négocie avec des interlocuteurs identifiés. Des factions rivales, elles, multiplient les intermédiaires, diversifient les points d'entrée et réduisent le contrôle qualité des substances. Le fentanyl mal dosé qui ravage l'Amérique du Nord pourrait suivre le même chemin vers l'Europe, avec des produits encore plus dangereux.

Face à cette menace, la France et l'UE ont accéléré leur réponse. Europol coordonne depuis 2023 une task force dédiée aux opioïdes synthétiques. La coopération judiciaire franco-mexicaine, longtemps embryonnaire, s'est renforcée avec deux accords d'échange de renseignements signés en 2024. Côté terrain, les dispositifs de réduction des risques (analyse de substances, distribution de naloxone) se déploient dans les grandes métropoles françaises. La disparition du chef du CJNG n'éteint pas le trafic. Elle en redistribue les cartes, et l'Europe doit s'y préparer.

Couper la tête de l'hydre : 20 ans de stratégie anti-cartel, quel bilan réel ?

Depuis 2006, le Mexique a neutralisé des dizaines de chefs de cartel. Arturo Beltrán Leyva, abattu en 2009. Nazario Moreno, leader de La Familia Michoacana, tué en 2014. Les cofondateurs de Los Zetas, arrêtés ou éliminés entre 2012 et 2015. Joaquín "El Chapo" Guzmán, extradé en 2017. À chaque fois, les autorités ont célébré une victoire. À chaque fois, la violence a empiré.

Détail Mort d'

Les chiffres sont sans appel. Le Mexique comptait environ 10 000 homicides par an en 2006. Ce nombre a dépassé les 30 000 annuels à partir de 2017, pour se stabiliser autour de 28 000 en 2024. La stratégie de décapitation des cartels coïncide avec un triplement des morts violentes en deux décennies. La corrélation n'est pas une coïncidence : des chercheurs de l'université de Stanford et du CIDE mexicain ont documenté ce qu'ils appellent « l'effet hydre ». Chaque organisation démantelée engendre entre 2 et 5 factions rivales, plus petites, plus instables, plus promptes à recourir à la terreur pour imposer leur contrôle territorial.

La mort d'El Mencho s'inscrit dans cette séquence. Le CJNG comptait déjà des cellules semi-autonomes dans 28 des 32 États mexicains. Sans commandement centralisé, ces cellules risquent de se transformer en organisations indépendantes, reproduisant le scénario observé après la chute d'El Chapo, quand le cartel de Sinaloa s'est fracturé en factions rivales dirigées par ses fils et par Ismael "El Mayo" Zambada.

Plusieurs analystes plaident pour un changement de paradigme : cibler les flux financiers plutôt que les individus, renforcer la coopération régionale sur le blanchiment d'argent, envisager une légalisation partielle pour assécher les revenus du narcotrafic. La mort d'El Mencho pose, une fois encore, la même question : combien de têtes faudra-t-il encore couper avant d'admettre que l'hydre ne meurt pas ainsi ?

El Mencho est-il vraiment mort ? Ce que disent les preuves et les zones d'ombre

Le 12 février 2025, le ministère mexicain de la Défense a publié un communiqué confirmant le décès de Nemesio Oseguera Cervantes, alias "El Mencho", lors d'une opération militaire dans l'État de Jalisco. Identification biométrique, empreintes digitales croisées avec les fichiers de la DEA, confirmation par deux sources indépendantes au sein du renseignement américain. Sur le papier, le dossier semble clos.

Le narco-monde a pourtant enseigné la prudence. Amado Carrillo Fuentes, "El Señor de los Cielos", avait été déclaré mort en 1997 après une chirurgie esthétique, et des doutes persistent encore aujourd'hui sur l'identité réelle du corps autopsié. Les rumeurs récurrentes autour d'El Mayo Zambada, donné pour mort à plusieurs reprises avant sa capture en 2024, rappellent que ces annonces servent parfois des intérêts politiques ou stratégiques.

Plusieurs éléments alimentent le scepticisme. Aucune photographie du corps n'a été rendue publique. Le transfert de la dépouille vers Mexico aurait été interrompu pour des "raisons de sécurité" jamais détaillées. Sur les réseaux sociaux mexicains, des théories circulent : mise en scène pour faciliter une fuite, accord secret avec les autorités, voire substitution de corps. La mort d'El Mencho reste, pour une partie de l'opinion mexicaine, une affirmation officielle, pas encore une certitude absolue.

La confirmation définitive conditionne la suite des opérations contre le CJNG. Si le chef du cartel Jalisco Nueva Generación est réellement tombé, les agences anti-narcotiques peuvent réorienter leurs ressources vers les successeurs. Dans le cas contraire, chaque opération reposerait sur une hypothèse fausse. Pour suivre notre veille géopolitique et décrypter les événements internationaux qui impactent la France, recevez nos analyses directement par email.

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Publié le 23 février 2026Par Julie Roux

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