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Ali Larijani : la dynastie, le pouvoir et l'ombre du guide suprême

Ali Larijani : la dynastie, le pouvoir et l'ombre du guide suprême

Qui est Ali Larijani, parcours politique et rôle en Iran ? La réponse dépasse largement la fiche Wikipedia. Cinq frères Larijani ont occupé simultanément des postes dans les trois branches du pouvoir iranien (exécutif, législatif, judiciaire), un cas unique au monde pour une république théocratique. Depuis 2025, Ali Larijani agit comme principal intermédiaire entre Téhéran et les capitales occidentales, un rôle de facto que peu de médias francophones documentent. Cet article retrace la mécanique dynastique, les alliances et l'influence réelle de cet homme sur la politique iranienne contemporaine.

De Najaf aux Gardiens de la Révolution : les années de formation (1958-1992)

Ali Larijani naît en 1958 à Najaf, en Irak, haut lieu du chiisme mondial. Son père, l'ayatollah Mirza Hashem Amoli, compte parmi les figures cléricales iraniennes les plus respectées de sa génération. Cette filiation façonne tout. Elle ouvre des portes, impose des codes et inscrit le futur homme d'État dans un réseau religieux transnational dès l'enfance.

Le parcours académique du jeune Larijani tranche avec celui de ses pairs. Là où la plupart des cadres du régime passent par les séminaires de Qom, lui choisit l'informatique et les mathématiques à l'université de Téhéran, avant de soutenir un doctorat en philosophie occidentale. Un profil rare, presque dissonant, dans l'appareil politico-religieux iranien. Cette double culture, scientifique et philosophique, lui confère une grille de lecture que peu de responsables conservateurs possèdent. Comprendre qui est Ali Larijani, son parcours politique et son rôle en Iran suppose de mesurer cet écart fondateur.

La guerre Iran-Irak (1980-1988) marque un tournant. Larijani rejoint les Gardiens de la Révolution, le corps militaire idéologique du régime. Huit années de conflit lui permettent de tisser des liens durables avec les commandants pasdarans, un capital relationnel qu'il mobilisera tout au long de sa carrière. Ces réseaux militaires restent, encore aujourd'hui, l'un des socles de son influence.

Dès la fin du conflit, le président Rafsanjani repère ce profil atypique. Il le nomme ministre de la Culture et de l'Orientation islamique au début des années 1990. À 34 ans, Larijani entre dans le premier cercle du pouvoir. Cette nomination confirme une trajectoire singulière dans le parcours politique d'Ali Larijani en Iran : celle d'un homme formé par la guerre, légitimé par le clergé et armé d'une culture intellectuelle occidentale que ses rivaux ne maîtrisent pas.

5 frères, 3 branches du pouvoir : la dynastie Larijani, cas unique en Iran

Aucune famille iranienne n'a jamais quadrillé simultanément les trois pouvoirs de la République islamique. Les Larijani l'ont fait. Ali au législatif comme président du Parlement de 2008 à 2020, Sadeq au judiciaire comme chef du pouvoir judiciaire de 2009 à 2019, Mohammad-Javad à la tête du Haut Conseil des droits de l'homme. Bagher a occupé des postes diplomatiques sensibles, Fazel s'est imposé dans le monde universitaire et médical. Cinq frères, trois branches du pouvoir, une emprise sans équivalent.

Cette ascension ne doit rien au hasard. Leur père, l'ayatollah Hachem Amoli Larijani, figure religieuse respectée de Qom, a structuré sur deux générations un réseau mêlant légitimité cléricale et compétences technocratiques. Chaque fils a été orienté vers un domaine complémentaire. Le parcours politique d'Ali Larijani illustre cette logique : formation en philosophie occidentale, passage par les services de sécurité, puis accès aux fonctions parlementaires les plus élevées. Comprendre qui est Ali Larijani, son parcours politique et son rôle en Iran, c'est saisir une mécanique familiale pensée comme un projet institutionnel.

Cette stratégie dynastique a ses failles. Les ultraconservateurs proches du Guide suprême n'ont jamais accepté le positionnement de Larijani, conservateur modéré en Iran, jugé trop pragmatique. La disqualification d'Ali à la présidentielle de 2021 par le Conseil des gardiens a révélé les limites du clan face aux factions rivales. Des tensions internes existent aussi : Sadeq, plus rigide idéologiquement, n'a pas toujours soutenu les ouvertures diplomatiques de son frère. Le nom Larijani reste un marqueur de pouvoir en Iran, mais la concentration familiale qui a fait sa force alimente désormais la méfiance des cercles du pouvoir les plus fermés.

Négociateur nucléaire et président du Majlis : 15 ans au cœur du pouvoir (2005-2020)

Août 2005 : le nouveau président Mahmoud Ahmadinejad confie à Ali Larijani le poste de secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale. La mission est claire, négocier le dossier nucléaire iranien face aux diplomates européens (E3) et à l'AIEA. Pendant deux ans, Larijani incarne la ligne « ferme mais ouverte » du régime, cherchant un compromis sur l'enrichissement d'uranium tout en préservant la souveraineté technologique revendiquée par Téhéran. Sa démission en octobre 2007, provoquée par des divergences croissantes avec Ahmadinejad, révèle une fracture au sommet du pouvoir iranien.

Iranian flag waving amidst green trees

Le rebond est rapide. En 2008, le Majlis (parlement iranien) l'élit à sa présidence. Il conservera ce poste 12 années consécutives, un record absolu dans l'histoire de la République islamique. Pour comprendre qui est Ali Larijani, son parcours politique et son rôle en Iran, cette longévité parlementaire est un marqueur essentiel. Elle traduit sa capacité à fédérer des courants opposés, du centre conservateur aux pragmatiques, sous le regard approbateur du Guide suprême.

Le moment charnière survient en 2015. Larijani soutient activement l'accord nucléaire (JCPOA) signé à Vienne, en rupture nette avec les ultraconservateurs et les Gardiens de la Révolution. Il mobilise le Majlis pour valider le texte, malgré une opposition virulente. Ce positionnement de conservateur modéré le distingue dans le paysage politique iranien, où rares sont ceux qui osent défier les « durs » sur un sujet aussi sensible.

Les années suivantes mettent sa résilience à l'épreuve. Les manifestations de décembre 2017, puis celles de novembre 2019 (au moins 1 500 morts selon Reuters), placent le Majlis face à une colère sociale profonde. Larijani opte pour une posture d'équilibriste, condamnant les « émeutiers » tout en appelant le gouvernement à entendre les revendications économiques. Cette période confirme le rôle central d'Ali Larijani dans l'architecture du pouvoir en Iran, à mi-chemin entre loyauté au système et tentatives de réforme par l'intérieur.

Conservateur modéré ou pragmatique calculateur ? Le positionnement idéologique réel de Larijani

En juin 2021, le Conseil des Gardiens invalide la candidature d'Ali Larijani à la présidentielle. L'ancien président du Parlement, pourtant pilier du système depuis trois décennies, se retrouve écarté au profit d'Ebrahim Raïssi. Le signal est limpide : les ultraconservateurs ne le considèrent pas comme l'un des leurs.

Qui est Ali Larijani dans le parcours politique et le rôle en Iran qu'il revendique ? Un homme difficile à classer. Titulaire d'un doctorat en philosophie occidentale, il cite Kant et défend le dialogue diplomatique avec les puissances européennes. Dans un système où la méfiance envers l'Occident tient lieu de doctrine, cette posture intellectuelle détonne. Elle lui vaut le qualificatif de « conservateur modéré », une étiquette qu'il n'a jamais vraiment rejetée.

Les différences avec les lignes dures sont concrètes. Là où Saïd Jalili refuse toute concession sur le nucléaire et où Raïssi incarnait l'appareil sécuritaire, Larijani a soutenu l'accord de Vienne en 2015 aux côtés des réformateurs. Il partage avec Rohani et Zarif la conviction que l'isolement économique affaiblit la République islamique. Mais il s'en distingue par son ancrage institutionnel : ancien secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, négociateur nucléaire entre 2005 et 2007, il parle la langue des Gardiens de la Révolution autant que celle des diplomates.

Ce positionnement au carrefour des clercs, des militaires et des technocrates explique sa longévité. Ali Larijani, conservateur modéré en Iran selon ses alliés, calculateur selon ses détracteurs, a traversé chaque purge factionnelle en se rendant utile à tous les camps sans s'inféoder à aucun. Suivez notre couverture géopolitique pour décrypter les figures clés qui façonnent les crises internationales et recevez nos analyses Iran et Moyen-Orient directement dans votre fil d'actualité.

Secrétaire du CSNS depuis 2025 : Larijani dirigeait-il l'Iran de facto ?

En mars 2025, le Guide suprême Ali Khamenei nomme Ali Larijani secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale (CSNS), l'organe qui chapeaute la politique de défense, le renseignement et les négociations stratégiques de la République islamique. Un poste occupé autrefois par Hassan Rohani, puis par Ali Shamkhani. Pour Larijani, c'est un retour au premier plan après des années en retrait, lui qui avait déjà dirigé ce même conseil entre 2005 et 2007.

Détail Qui est Ali Larijani parcours politique et rôle en Iran

Le tournant survient en janvier 2026. Une enquête du New York Times affirme que Larijani gère de facto les affaires de l'État iranien, court-circuitant le président Pezeshkian sur les dossiers sensibles. Selon les sources du quotidien américain, il supervise directement les canaux de négociation avec Washington sur le dossier nucléaire post-JCPOA, tout en coordonnant la réponse sécuritaire aux mouvements de contestation internes. Qui est Ali Larijani dans l'architecture réelle du pouvoir iranien ? La question dépasse désormais le simple parcours politique et rôle en Iran d'un apparatchik chevronné.

La santé déclinante de Khamenei, âgé de 86 ans, alimente cette lecture. Plusieurs analystes, dont ceux du think tank Crisis Group, estiment que le Guide suprême délègue un périmètre croissant de décisions opérationnelles. Larijani, conservateur modéré acceptable par les Gardiens de la Révolution comme par les pragmatiques, occupe une position de pivot rare dans le système iranien. Son rôle concret lors des manifestations de l'automne 2025 illustre cette centralité : il aurait arbitré entre la ligne dure des Pasdaran et une approche plus calibrée pour éviter l'escalade internationale. Comprendre qui est Ali Larijani, son parcours politique et son rôle en Iran aujourd'hui, c'est lire en creux la question qui obsède Téhéran : celle de la succession du pouvoir suprême.

Ali Larijani peut-il devenir le prochain guide suprême ou président ?

Deux trajectoires se dessinent pour Ali Larijani à l'approche de la succession de Khamenei, âgé de 86 ans. La première : une nouvelle candidature présidentielle, après son élimination controversée par le Conseil des gardiens en 2021. La seconde, plus ambitieuse : accéder au poste de guide suprême via l'Assemblée des experts, dont les 88 membres éliront le successeur de Khamenei.

Ses atouts sont réels. Un réseau familial ancré dans toutes les strates du pouvoir (justice, parlement, institutions religieuses), une expérience diplomatique forgée sur le dossier nucléaire et la confiance personnelle du guide suprême, qui lui a confié des missions sensibles depuis plus de vingt ans. Peu de figures iraniennes maîtrisent aussi bien les rouages institutionnels. Comprendre qui est Ali Larijani, son parcours politique et son rôle en Iran, c'est mesurer à quel point il incarne la continuité du système.

Ses faiblesses pèsent tout autant. La base ultraconservatrice le perçoit comme un pragmatique trop conciliant, presque un réformateur déguisé. Son image d'élitiste, issue d'une dynastie politique privilégiée, le coupe d'une population frappée par l'inflation et les sanctions. Obstacle structurel majeur : Larijani n'est pas clerc. Aucun guide suprême n'a exercé sans turban, et la tradition chiite duodécimaine confère au marja (autorité religieuse) une légitimité que le parcours politique seul ne remplace pas.

Le destin de ce conservateur modéré éclaire l'avenir du régime tout entier. S'il accède au sommet, l'Iran signalerait une ouverture vers un pouvoir technocratique et dynastique. Son échec confirmerait le verrouillage du système par les gardiens de la révolution et le clergé dur. Qui est Ali Larijani, son parcours politique et son rôle en Iran, résonne ainsi comme une question sur la nature même de la République islamique après Khamenei.

Pour aller plus loin dans la compréhension des dynamiques de pouvoir iraniennes, suivez notre couverture géopolitique : nos analyses Iran et Moyen-Orient arrivent directement dans votre fil d'actualité.

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Publié le 1 mars 2026Par Antoine Lefebvre

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