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Drone neutralisé près du Charles de Gaulle : ce que révèle l'incident de Malmö

Drone neutralisé près du Charles de Gaulle : ce que révèle l'incident de Malmö

Le 22 février 2025, le drone neutralisé près du porte-avions Charles de Gaulle dans le détroit de l'Öresund a fait basculer un exercice OTAN en incident diplomatique. Ce n'est pas la Marine française qui a abattu l'appareil, mais la corvette suédoise HMS Malmö. Un choix tactique qui soulève autant de questions techniques que juridiques. Cet article décrypte le mécanisme précis de neutralisation, les raisons de l'intervention suédoise et les zones grises du droit international que cet épisode met en lumière.

25 février 2026 à Malmö : chronologie minute par minute de l'interception

7 h 12, heure locale. Le radar de veille aérienne du Charles de Gaulle détecte un écho non identifié à 14 kilomètres au nord-est, cap plein sud, altitude 120 mètres. Le porte-avions se trouve alors dans le détroit d'Öresund, entre Malmö et Copenhague, en transit vers la mer Baltique pour une série d'exercices OTAN programmés début mars. La zone est dense en trafic civil, ce qui complique immédiatement la classification de la cible.

Trente secondes suffisent au centre opérations pour cataloguer l'écho comme drone de catégorie II (envergure estimée entre 2 et 4 mètres, vitesse 130 km/h). Le drone neutralisé près du porte-avions Charles de Gaulle suit une trajectoire rectiligne, sans tentative d'évasion, ce qui suggère un vol programmé plutôt qu'un pilotage en temps réel. La cellule de coordination franco-suédoise, activée pour l'escale, est alertée à 7 h 13.

Le HSwMS Rapp entre en action

À 7 h 14, la corvette suédoise HSwMS Rapp, positionnée à 3 nautiques en flanc-garde, engage son système de brouillage électronique. L'appareil perd sa liaison de données en moins de 8 secondes. Il entame alors une spirale descendante avant de percuter la surface à 2,6 kilomètres du groupe aéronaval. Aucun tir cinétique n'a été nécessaire.

Les regards se tournent vers le Jigouliovsk (translittération de Zhigulevsk), un navire de renseignement russe repéré depuis 48 heures dans la zone. Stationné à 9 nautiques au large de Landskrona, il constitue la plateforme de lancement la plus probable selon les analystes de la Marine nationale. Sa position offrait un angle d'approche direct vers le mouillage du Charles de Gaulle, en exploitant le couloir aérien civil comme couverture radar.

L'ensemble de la séquence, de la détection à la neutralisation du drone aérien, aura duré moins de trois minutes. Un tempo qui révèle autant la réactivité de la menace drone contre un navire militaire que l'efficacité des protocoles de sécurité aérienne du porte-avions, rodés par des mois de déploiement en Méditerranée orientale.

Comment le HSwMS Rapp a brouillé le drone à 13 km : guerre électronique en détail

13 kilomètres. C'est la distance à laquelle la corvette suédoise HSwMS Rapp a détecté et neutralisé le drone qui s'approchait du groupe aéronaval français. Le brouillage électromagnétique, contrairement à un tir d'interception, repose sur un principe simple : saturer les fréquences de commande de l'aéronef pour couper le lien entre l'opérateur et sa machine. Le drone neutralisé près du porte-avions Charles de Gaulle n'a pas été abattu, il a été rendu sourd et aveugle.

Le protocole se décompose en trois phases. D'abord, les capteurs identifient la signature radio du drone et isolent ses fréquences de pilotage (généralement entre 2,4 et 5,8 GHz pour les modèles civils). Ensuite, le système de guerre électronique émet un signal de puissance supérieure sur ces mêmes bandes, noyant les commandes de l'opérateur. Enfin, le brouillage GPS force l'appareil à déclencher son mode de sécurité : atterrissage automatique, retour au point de départ ou simple chute. Aucune destruction physique, ce qui permet de récupérer l'engin pour analyse.

La corvette Rapp, de classe Visby, embarque une suite de guerre électronique conçue pour opérer en mer Baltique face à des menaces russes sophistiquées. Sa réactivité s'explique par sa position dans le dispositif de sécurité du détroit de Malmö et par la spécialisation de son équipage dans la détection de petites cibles aériennes. Le drone neutralisé près du porte-avions Charles de Gaulle l'a été par un navire étranger, un fait qui interroge sur la couche de protection rapprochée du groupe aéronaval.

Côté français, le Charles de Gaulle dispose pourtant de moyens dédiés. Le système SIMBAD-RC (missiles Mistral à courte portée) et le capteur optronique Paseo XLR assurent la détection et l'engagement de menaces aériennes. Ces équipements sont calibrés pour des cibles plus rapides et plus volumineuses que les drones civils de quelques kilogrammes. La menace drone navire militaire impose aujourd'hui d'adapter ces systèmes à des profils de vol bas, lents et à faible signature radar, un défi que la marine nationale intègre progressivement dans sa doctrine depuis les retours d'expérience du conflit en mer Noire.

Trois incidents similaires en mer Baltique et mer Noire depuis 2024

Quatre survols hostiles de bâtiments OTAN en moins de 18 mois. Le drone neutralisé près du porte-avions Charles de Gaulle à Malmö s'inscrit dans une séquence que les analystes de défense ne considèrent plus comme accidentelle. Chaque incident suit un schéma identique : approche à basse altitude, trajectoire délibérée vers un navire de guerre, retrait avant toute riposte létale.

turned-on drone

En mars 2024, une frégate allemande déployée en Baltique a détecté un drone non identifié en vol stationnaire à moins de 500 mètres de sa superstructure pendant plusieurs minutes. Quelques semaines plus tard, un destroyer britannique opérant en mer Noire a signalé deux passages successifs d'un appareil à voilure fixe, suffisamment proche pour photographier les systèmes d'antennes. Un patrouilleur norvégien a subi une intrusion comparable au large des côtes de Norvège, cette fois avec un drone commercial modifié équipé d'une caméra haute définition.

Le choix du vecteur révèle l'intention. Les premiers incidents impliquaient des drones commerciaux du marché civil, faciles à nier diplomatiquement. Les appareils détectés lors des cas les plus récents, y compris celui de l'incident drone près de la marine nationale à Malmö, présentent des caractéristiques militaires : autonomie supérieure à 100 km, capacité de vol par vent fort, signatures radar réduites. Cette escalade progressive traduit une doctrine russe de zone grise parfaitement calibrée.

L'objectif ne relève pas de la menace drone contre un navire militaire au sens cinétique. Il s'agit de cartographier les temps de réaction, de tester les protocoles de neutralisation drone aérien et d'identifier les failles dans la sécurité aérienne des porte-avions alliés. Chaque survol alimente une base de données tactique sans jamais franchir le seuil de l'acte de guerre. Le drone neutralisé près du porte-avions Charles de Gaulle confirme que cette collecte de renseignements vise désormais les unités les plus stratégiques de la flotte européenne.

Survol non autorisé d'un navire de guerre : que dit le droit international ?

La Convention de Montego Bay (1982) encadre le passage des navires en eaux territoriales étrangères, mais reste remarquablement floue sur les aéronefs. En eaux territoriales suédoises, où le Charles de Gaulle mouillait lors de l'incident de Malmö, le régime du passage inoffensif s'applique : toute activité de collecte de renseignements y est formellement prohibée (article 19). Un drone survolant un bâtiment militaire étranger dans cette zone viole ce principe. En haute mer, la situation se complique. Aucun État côtier ne dispose de juridiction aérienne exclusive, et le droit de survol reste largement garanti.

Le drone neutralisé près du porte-avions Charles de Gaulle pose une question opérationnelle immédiate : à quel moment un commandant peut-il ordonner la destruction d'un appareil non identifié ? Les règles d'engagement varient selon le cadre. L'OTAN autorise la légitime défense face à une menace drone navire militaire jugée hostile, mais chaque nation conserve ses propres seuils de réponse. La France applique le principe de riposte graduée : identification, sommation, brouillage, puis neutralisation drone aérien en dernier recours. Le délai entre détection et décision se compte parfois en secondes.

Les conventions internationales ont été rédigées pour des aéronefs pilotés, identifiables par transpondeur et immatriculation. Les drones grand public de quelques centaines de grammes échappent à cette logique. Ni leur origine ni leur opérateur ne peuvent être déterminés en temps réel, ce qui crée un vide juridique que certains acteurs étatiques exploitent méthodiquement. L'incident drone marine nationale de Malmö illustre cette faille : même après la neutralisation, attribuer formellement le survol reste un défi diplomatique. Pour rester informé sur les enjeux géopolitiques et de défense, consultez nos analyses approfondies sur les tensions internationales et la sécurité aérienne porte-avions en Europe.

Barrot parle de « provocation ridicule », le Kremlin dément : décryptage diplomatique

Jean-Noël Barrot a choisi ses mots avec soin. En qualifiant le drone neutralisé près du porte-avions Charles de Gaulle de « provocation ridicule », le ministre des Affaires étrangères applique une stratégie de communication éprouvée : reconnaître l'incident sans lui accorder une gravité qui servirait les intérêts de son auteur présumé. Le terme « ridicule » rabaisse l'acte au rang de gesticulation, tandis que « provocation » pointe implicitement une intention hostile. Un équilibre calibré entre fermeté et dédramatisation.

Détail Le drone neutralisé près du porte-avions Charles de

Moscou a répondu selon un schéma désormais rodé. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a qualifié les accusations d'« absurdes », sans fournir d'explication alternative sur l'origine du drone. Ce mécanisme de déni systématique (nier, qualifier d'infondé, retourner la charge vers l'accusateur) a déjà été observé lors des sabotages de câbles sous-marins en mer Baltique et des incidents répétés de menace drone sur des navires militaires alliés. L'objectif reste constant : entretenir le doute, empêcher toute attribution formelle.

Côté nordique, la Suède a convoqué l'ambassadeur russe dans les 48 heures suivant l'incident drone en zone portuaire de Malmö. La Finlande et le Danemark ont publié des communiqués conjoints appelant à un « renforcement de la surveillance aérienne en mer Baltique ». L'OTAN, par la voix de son secrétaire général, a évoqué un « comportement irresponsable » sans nommer directement la Russie. La France, elle, n'a pas annoncé de convocation d'ambassadeur, privilégiant le canal bilatéral discret. Cette retenue contraste avec la réaction suédoise, mais s'inscrit dans la doctrine française de sécurité aérienne du porte-avions : répondre opérationnellement d'abord, diplomatiquement ensuite, sans escalade publique précipitée.

Quel arsenal anti-drone pour protéger un porte-avions en 2026 ?

Un drone commercial coûte quelques centaines d'euros. Un missile Mistral, tiré depuis une tourelle SIMBAD-RC, dépasse les 100 000 €. Cette asymétrie économique résume le défi auquel fait face la Marine nationale après le drone neutralisé près du porte-avions Charles de Gaulle à Malmö. Abattre chaque intrus avec un missile classique revient à écraser une mouche avec un marteau-pilon, et la facture s'envole vite face à des essaims de drones bon marché.

Les systèmes déjà opérationnels

Le groupe aéronaval dispose aujourd'hui d'une défense multicouche. La détection repose sur le radar SMART-S Mk2, capable de repérer des cibles à très faible signature radar, couplé au système optronique Paseo XLR qui assure l'identification visuelle et infrarouge à longue distance. Une fois la menace classifiée, la réponse privilégiée passe par la guerre électronique : les brouilleurs BARAGE neutralisent les liaisons de commande et les signaux GPS du drone, le rendant inopérant sans tirer un seul coup. Cette approche coûte une fraction du prix d'un intercepteur.

Le missile Mistral via tourelle SIMBAD-RC reste l'option létale de dernier recours. Efficace, mais disproportionné contre un appareil à 500 €. L'incident de sécurité aérienne près du porte-avions confirme que la priorité se déplace vers des solutions à coût unitaire faible.

Les capacités en développement

Trois pistes technologiques émergent pour combler cette lacune. Le programme HELMA-P, développé par CILAS, teste un laser haute énergie capable de détruire un drone en vol pour quelques euros par tir. Les premiers essais sur cible réelle ont été concluants en 2024. Des drones intercepteurs, conçus pour percuter ou capturer les intrus en vol, offrent une réponse proportionnée face à la menace drone sur navire militaire. Les filets anti-drones, déployés par des drones porteurs, complètent le dispositif pour la capture sans destruction.

Le drone neutralisé près du porte-avions Charles de Gaulle illustre un virage doctrinal. La Marine privilégie désormais un arsenal gradué où la guerre électronique traite 80 % des cas, le laser prendra le relais à moyenne échéance, et le missile reste l'ultime recours. Pour aller plus loin sur ces enjeux de défense, consultez nos analyses approfondies sur les tensions internationales et la sécurité maritime en Europe.

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Publié le 28 février 2026Par Lucas Petit

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